RENCONTRE AVEC LE SALON MODE & PRÉCIEUX

 

Nous avons rencontré des acteurs majeurs des salons français Who’s Next et Première Classe qui se battent pour la mode, l’accessoire et le bijou précieux et surtout pour leur distribution. Ces spécialistes du retail nous parlent des mutations du commerce et pourquoi le consommateur aspire aujourd’hui aux concept-stores.

Rencontre avec Frédéric Maus et Sylvie Pourrat.

Par Florence Gremaud

 

 

[LE BIJOUTIER INTERNATIONAL] Frédéric Maus, directeur depuis deux ans de Who’s Next/ Première Classe, quel est votre constat global à propos de l’accessoire et du bijou précieux ?

 

[Frédéric Maus] Il faut d’abord rappeler notre objectif que nous avons renforcé le « branding » fort pour les deux événements. Who’s Next situé à la Porte de Versailles, se veut et l’est, le plus grand concept-store au monde, avec une offre qui balaie le prêt-à-porter, l’accessoire et le bijou précieux, avec une vision life-style et ses marques de beauté et de décoration. Nous répondons à ce jour à une demande du commerce de centre-ville et à la distribution dans son ensemble, qui va de plus en plus sur la « conceptualisation de l’offre », en gros vendre en « magasins d’ambiance ».

[Sylvie Pourrat] Le bijou est un secteur qui se porte assez bien aujourd’hui contrairement à l’accessoire de mode qui subit la saisonnalité du prêt-à-porter. Mais les détaillants bijoutiers/horlogers doivent aller encore plus loin. Ils doivent étonner ; ils ont tout intérêt à dépasser les classiques de la parure (gourmette, médaille, montre au titre rassurant, créole…). C’est ce que demande aujourd’hui la jeune génération qui «  surfe  » sur tous les réseaux sociaux, les bons plans, le seconde-main, le vintage, leurs « magasins références » de leur famille. Il faut s’adapter à cette génération qui butine entre l’ancien et les nouveaux canaux.

 

 

[LE BIJOUTIER INTERNATIONAL] Et au sujet de vos événements Première Classe en mars et en octobre en seconde session ?

[Frédéric Maus] Avec Première Classe (PC), nous soulignons les signatures, la différence… A travers PC, nous offrons un « sourcing » très pointu, de belles matières pour l’accessoire de mode et même pour le bijou précieux. Un diamantaire peut très bien exposer sur Première Classe, car il va côtoyer les créateurs pointus et la belle maroquinerie internationale par exemple. Il sera sur la même exigence de segments.

 

[LE BIJOUTIER INTERNATIONAL] Quels sont vos objectifs en matière d’offre pour vos salons ?

[Frédéric Maus] Aujourd’hui, avec la pluralité de l’offre, les demandes plus exigeantes des consommateurs, l’e-commerce, c’est de réveiller les consciences des détaillants et notamment ceux des centres-villes. Car le consommateur, à l’heure de la standardisation, souhaite de plus en plus de services, de conseils, des collections «  différenciantes  », de la proximité et de la connivence avec le point de vente. Et dans le bijou précieux qui est votre secteur, cette qualité de services et de proximité avec le client représentent l’avenir. Le client doit être étonné par une offre mode, des produits précieux « made in France » par exemple et surtout la mise en scène.

 

[LE BIJOUTIER INTERNATIONAL] Vous voulez dire que dans les magasins, il faut équilibrer l’offre commerciale et la signature créative ?

[Frédéric Maus] C’est essentiel, vendre c’est servir et séduire. Il faut par exemple proposer des bijoux « easy to sell » rassurants, mais aussi étonner par des signatures de bijoux très créatives.

 

 

[LE BIJOUTIER INTERNATIONAL] Quels sont les outils que vous proposez aux détaillants bijoutiers sur votre salon ?

[Frédéric Maus] Nous misons fortement sur les outils qui permettent la mise en relation des acteurs  : détaillants et marques. Un salon cela se prépare vraiment du côté exposants et distribution. C’est pourquoi nous avons développé notre propre application sur le Net : ainsi chaque visiteur peut prendre rendez- vous avec les marques. Et réciproquement. Cela crée l’ébullition  ! Cela est même possible post événement. Aussi, comme nos responsables commerciaux sont des experts de leur secteur (Pap, accessoire, bijoux précieux…), nous avons pu mettre en place pour les détaillants des « parcours de visite » liés à leur boutique/leur offre grâce à la mise en place d’un « personal shopper » qui les guident.

[Sylvie Pourrat] Avec nos deux événements riches et transversaux, nous donnons la possibilité aux détaillants bijoutiers d’ouvrir leur offre. La mode a besoin du bijoux précieux et ce dernier a besoin de l’esprit fashion premium pour se désinhiber. Il y a tant de territoires à prospecter. Aujourd’hui le secteur du précieux ne peut plus se restreindre à certaines marques commerciales. Il faut qu’il casse ses codes pour séduire le monde de 2020. Le consommateur en veut beaucoup plus. Et il faut surtout penser à la « façon de penser et philosopher » de la génération Millennials. Elle est complexe et veut une grande diversité de marques.

 

 » Le bijou précieux a la chance de posséder ce caractère de « permanence », moins assujetti à la saisonnalité. » – Sylvie Pourrat

 

[LE BIJOUTIER INTERNATIONAL] Aujourd’hui les bijoutiers traditionnels n’ont pas forcément l’idée d’implanter un « corner créateur ». Pour quelles raisons ?

[Sylvie Pourrat] Ils ont tout intérêt à créer un «  corner créateur précieux  » pour favoriser le trafic dans leur boutique. Et c’est en surprenant qu’ils pourront le faire. Ils doivent s’orienter vers des produits tendance. C’est par la surprise que vous séduisez et que vous faites rentrer des clients dans votre point de vente. Notre salon est là pour les aider à sourcer, à décrypter les tendances de mode et de société.

 

 

[LE BIJOUTIER INTERNATIONAL] Quelle est la proportion d’exposants d’accessoires et de bijoux précieux pour la prochaine édition de janvier 2020 ?

[Sylvie Pourrat] Sur Who’s Next, on attend 700 marques d’accessoires et plus de 150 marques pour le bijou. Parmi ce secteur d’activité, 50 marques font partie de la petite joaillerie (coup de projecteur sur les pierres naturelles et métal précieux ou pas). Aux Tuileries en mars, on renforce l’espace «  bijoux précieux  » pour une sélection très premium, avec des noms comme Djula, Colette Jewellery, La Brune et la Blonde, Kismet by Milka, Lovingstone, Lope Jewellery, The Black Alchemy.

 

[LE BIJOUTIER INTERNATIONAL] Pouvez-vous citer les nouveaux exposants du secteur bijoux (Fantaisie et précieux) pour la prochaine édition de janvier 2020 ?

[Sylvie Pourrat] Oui par exemple vous allez rencontrer comme nouveaux venus : Feeka (Les Petits Hauts) Lytho  Jewels (lithothérapie), OSS (argent, résine, vernis, très géométrique), Sing a song (en cordes de guitares !).

 

[LE BIJOUTIER INTERNATIONAL] Pouvez-vous citer 3 tendances fortes de la parure (accessoires et bijoux) pour les prochains 6 mois ?

[Sylvie Pourrat] Clairement la tendance des « symboles » persiste (par exemple mysticisme, nouveau porte-bonheur, voir Hypso, Be Valentina, Room Service). Dans cette continuité, la lithothérapie a de beaux jours devant elle avec comme principe  : «  les pierres naturelles sont belles et vous font du bien » (voir Lytho Jewel, Shyla Jewelery, Make me Happiness, Les Félicités). Enfin, ce que j’appelle les outils pour vendre, ce sont les concepts de « packaging box », conçus comme des coffrets cadeaux, voir par exemple Les Interchangeables.

 

[LE BIJOUTIER INTERNATIONAL] Pourquoi souhaitez-vous développer le secteur du bijou précieux au sein de WSN et de Première Classe ?

[Sylvie Pourrat & Frédéric Maus] Le bijou précieux peut être très créatif et très intéressant car il est vraiment lié à l’intimité du consommateur. Le détaillant peut donc tisser avec son client une réelle connivence. Aussi, en se désinhibant et en allant vers la mode, l’univers du bijou précieux a un potentiel incroyable. Au-delà de la joaillerie traditionnelle,  le bijou est commercialisable partout. Dans les « boutiques galeries », au sein des boutiques musées, bien évidemment dans les concept-stores, chez les coiffeurs. La joaillerie et la haute fantaisie peuvent être vendues dans les boutiques et les galeries des hôtels. Nous avons mis longtemps à connecter le bijou précieux et la mode, mais ça y est, ils ont trouvé un vocabulaire commun !