Jean-Daniel Pasche

Après trente mois consécutifs de hausse, le marché de l’horlogerie suisse enregistrait en septembre dernier un léger déclin. En guise d’explication, la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) évoque notamment le ralentissement de l’économie sur les marchés asiatiques et américains : en septembre 2012, les exportations se sont inclinées de 27,5% vers la Chine, de près de 20% vers Hong Kong et Singapour. Les États-Unis se sont inscrits en baisse, de manière moins marquée (-5,4%). Consolation : l’Europe a confirmé son rebond, contribuant à limiter le déclin. L’Allemagne (+ 31,2%) et l’Italie (+23,7%) ont d’ailleurs enregistré des résultats tout à fait supérieurs à ceux de l’année précédente, tandis que la France s’est contentée d’un léger +2,6%. Le Moyen-Orient (+31%) et le Japon (+7%)  ont aussi confirmé leur bonne santé. “Si le ralentissement de certains marchés porteurs, comme la Chine, a tardé à se ressentir il était néanmoins prévisible”, estime Jean-Daniel Pasche, président de la FH.

Le haut de gamme toujours plébiscité

La FH révèle que cette baisse est imputable aux montres de moins de 2 500€ : le nombre de pièces a reculé de 10,7%, et leur valeur de près de 11%. Celles de plus de 2 500€, représentant 60% de la valeur totale, ont à l’inverse enregistré un résultat en hausse de 3,7% par rapport à l’année précédente. Il apparaît que des matières ont contribué au recul.

“Les marchés suisses et asiatiques se complètent”. JD Pasche.

Ces résultats du début de second semestre n’ont entaché que très peu les chiffres de 2012. La variation des neuf premiers mois de l’année indique une hausse de 13,6% des exportations et, pour 2013, les résultats de l’horlogerie suisse resteront supérieurs aux objectifs. “Les prévisions étaient positives pour 2012, mais nous attendions un résultat moindre qu’en 2011, se félicite le président de la FH. Les chiffres du début de l’année sont d’autant plus intéressants que nous avons évolué dans un contexte économique difficile.”

Dix ans de forte croissance

En 2011, les exportations ont atteint 15,8 milliards d’euros à l’endroit où, dix ans plus tôt, elles se contentaient de 9,2 milliards. En dépit de quelques ralentissements constatés en 2003, en raison de l’épidémie de pneumonie atypique, et en 2009, marquée par une crise économique globale, l’industrie horlogère suisse tient le cap. “Il s’agit d’une industrie saine, note Jean-Daniel Pasche. Les crises subies s’avèrent conjoncturelles et non structurelles. Quand les conditions redeviennent favorables, cela repart à la hausse.”  Ainsi la FH a-t-elle connu une année 2010 en nette croissance, plus forte que l’année alors record de 2007, déjà marquée par le dynamisme asiatique, absorbant plus de la moitié de la valeur exportée par les horlogers helvétiques.

Pour Jean-Daniel Pasche, cet élan de l’horlogerie suisse s’explique, notamment, par la vitalité des fabricants. “Chaque année, les marques investissent. Même en périodes moroses, elles continuent à travailler sur des nouvelles collections, à miser sur l’innovation”, analyse-t-il. Véritable leitmotiv, l’innovation tire vers le haut et constitue l’une des clés de son développement. Elle témoigne d’un certain dynamisme et répond aux besoins des consommateurs, “toujours très attirés, dans notre secteur, par l’originalité”, selon le responsable suisse. Autre levier de développement que revendique la filière helvète : la formation. “Les fabricants y portent un grand intérêt. Et ce, pour l’ensemble des corps de métiers, souligne Jean-Daniel Pasche. C’est un outil nécessaire pour maintenir un certain niveau d’activité, d’attractivité et d’entrain.”

 

Une industrie sereine face à la concurrence asiatique

Consciente du ralentissement de l’économie et de l’essoufflement des marchés, tirant jusqu’alors la croissance, l’horlogerie suisse se prépare à aborder une année 2013 positive. “La filière a toujours su faire face, elle saura encore s’appuyer sur les marchés en plein essor pour accentuer son développement”, insiste Jean-Daniel Pasche. Cet optimisme modéré permet à la filière helvète de se positionner sereinement dans la compétition qu’impose la concurrence asiatique. Le président nuance, “la production de l’Asie mise principalement sur l’entrée et le moyen de gamme alors que l’horlogerie suisse, de son côté, travaille surtout le haut de gamme. Du coup, les deux marchés se complètent.”

Face à cette intense concurrence, la production suisse bénéficie toujours du gage de qualité que lui confère le label Swiss made. Mais, dans une industrie internationalisée, le consommateur prête moins attention au label qu’au nom de la marque. “Le label doit s’adapter pour prendre en compte l’évolution du marché, explique Jean-Daniel Pasche. Pour garantir un certain niveau de qualité, il devient nécessaire de le renforcer.” Des pistes d’évolution, actuellement à l’étude, pourraient aboutir cette année.

Par Romain Rivière