Perry Chen, Strickler Yancey et Charles Adler sont trois noms qui ne vous disent peut-être rien. En 2009, ils ont inventé l’un des premiers sites de financement participatif, Kickstarter, qui peut se vanter d’avoir permis à plus de 70 000 projets de voir le jour. En constatant que des milliers d’idées intéressantes ne pouvaient pas naître chaque année faute d’investisseurs, Chen, Yancey et Adler ont ouvert, comme MobIncentive avant eux, une plateforme permettant à chacun de présenter son invention. Une invention viable, sélectionnée, et joliment présentée, cela va sans dire. Et ce, dans tous les domaines : vidéo, musique, nourriture, ou encore technologie, pour ne citer que ces catégories, parmi la quinzaine de disponible. Sur sa page, le créateur de projet fixe un objectif de collecte de fonds, une date limite, et présente les dotations que recevront les investisseurs privés en échange de leurs dollars. D’une simple mention de « donateur », à un exemplaire du prototype, où à une invitation dans les coulisses de la start-up, tout est laissé aux libres propositions du porteur de projet. Si l’objectif est atteint avant la dead line, le site reverse les fonds collectés, en prenant au passage une commission de 5%. Une affaire juteuse, quand on sait que plus de 100 millions de dollars sont investis chaque année via Kickstarter.

Là où l’histoire devient intéressante, c’est que, contre toute attente, des dizaines de projets de montres sont disponibles sur le site. Déjà, en 2012, 68 000 Internautes avaient lâché 10,3 millions de dollars pour financer Pebble, une montre dotée d’un écran e-ink, connectée aux smartphones. Actuellement, la montre connectée qui suscite toutes les attentions est l’Agent, l’une des plus petites smart watch du monde : 1 million de dollars collectés, et près de 6 000 investisseurs. Mais ce site participatif ne touche pas uniquement de jeunes sociétés hi-tech. Oliver Ike, le créateur suisse de l’Ikepod, a ainsi lancé un appel de 850 000 dollars pour financer la production du prototype de la montre Canopus Weekplanner, sous la marque A. Manzoni & Fils, manufacture ayant produit de nombreux modèles horlogers entre 1888 et 1978.

L’horlogerie de prestige vient donc aussi titiller ce nouveau modèle économique, qui permet par ailleurs à l’Internaute de s’offrir un modèle manufacturé à un tiers de son prix, 5 000 dollars au lieu des 15 000 dollars prévus en boutique. « Nous donnons l’opportunité au consommateur final d’obtenir une édition limitée d’une montre exclusive pour une fraction du prix final, car le produit n’est pas encore touché par les coûts de publicité et de distribution », explique Oliver Ike, sur sa page Kickstarter. Pour l’entreprise, c’est aussi le moyen de lancer une nouveauté à peu de frais, sans solliciter ses investisseurs habituels, et en comprimant au maximum ses coûts de recherche et développement. Il reste une trentaine de jours à Ike pour financer les 800 000 dollars restants. Les collectionneurs pourront trouver d’autres modèles exotiques, comme la Sioux City, une montre écolo fabriquée en bambou naturel, et en cuir huilé, qui a récolté plus de 22 000 dollars, soit deux fois plus que le montant demandé au départ.