Encore confidentiel, l’or équitable Fairmined s’inscrit peu à peu dans le paysage de la bijouterie française. Zoom sur Paulette à Bicyclette et April by MG, deux des fers de lance de cette matière qui connait un potentiel de développement considérable.

 

Si l’or éthique demeure confidentiel, en dépit de son utilisation par la maison Chopard, il fait néanmoins son arrivée sur le marché français où il dispose d’un réel potentiel de développement. Paulette à Bicyclette, en France, fait figure de pionnière en la matière. Depuis quelques années, cette marque crée des bijoux intégralement réalisés en or Fairmined, cet or équitable dont le label a été créé en 2004 par ARM – l’Alliance pour une Mine Responsable –, une ONG colombienne, et dont les premières livraisons sont intervenues en 2011. « En fait, glisse Hélène Grassin, la créatrice de l’entreprise, j’ai attendu de pouvoir profiter de cette possibilité pour lancer mes premières collections de joaillerie. L’or recyclé était une possibilité, mais le Fairmined s’est finalement imposé à moi, dans le cadre de ma volonté de faire de la joaillerie responsable. »

Formée sur le tard aux côtés d’un ami sertisseur, Hélène Grassin a commencé seule son activité de fabrication de bijoux, en 2010, trois ans après avoir créé sa marque. Aujourd’hui, dans son atelier-boutique du XXe arrondissement, elle peut se targuer de connaître un développement considérable, d’employer dix personnes – bientôt onze – et de réaliser un chiffre d’affaires de l’ordre de 500 000 euros. « Au départ, la démarche n’était pas particulièrement accueillie par la clientèle, mais, depuis 2013, c’est véritablement l’explosion », assure Hélène Grassin. Au sein de son atelier, Paulette à Bicyclette conçoit notamment des alliances et des bagues de fiançailles, qu’elle vend sans surcoût. « C’est un choix que j’ai fait, et qui représente un effort important compte tenu des cours de l’or Fairmined, supérieurs de 30 % à l’or industriel », reprend la créatrice. Ses client, français ou étrangers, sonnent à sa porte « avant tout pour l’aspect éthique », note Hélène Grassin, ajoutant que « le made in France représente, pour eux, un autre argument de poids. » Si elle commercialise ses collections au sein de sa boutique, Hélène Grassin n’exclue pas de s’ouvrir au retail.

Peu de temps après Paulette à Bicyclette, une autre marque a fait son apparition sur le marché français : April by MG. Pour Muriel Gibault, sa fondatrice, la démarche est proche : après une riche carrière dans l’industrie, en tant que directrice administrative et financière, cette cinquantenaire, issue d’une longue lignée d’artisans, a choisi la voie de la bijouterie éthique. « Le développement durable, l’amour, le respect de l’homme me tenaient à cœur, et j’ai longtemps cherché de quelle manière je pouvais exprimer ce que j’avais à dire. C’est finalement à travers les bijoux que j’ai trouvé cette possibilité », raconte l’autodidacte, avant d’ajouter : « lorsque j’ai entendu parler de l’initiative Fairmined, j’ai trouvé cela plus intéressant que l’or recyclé, en raison de son important travail sur une charte garantissant un respect de valeurs sociales, économiques et environnementales en amont de la fabrication des bijoux, dès l’extraction de la mine. »

A la différence de Paulette à Bicyclette, bénéficiant de son propre atelier de fabrication, April by MG s’est tournée, d’abord, vers un designer, puis vers un atelier. « Ça n’a pas été évident, compte tenu des contraintes qu’impose de label Fairmined en matière de traçabilité notamment », précise Muriel Gibault. Néanmoins, un atelier parisien réputé, sous-traitant de plusieurs grandes maisons, a accepté de travailler pour elle, en dépit des faibles quantités produites par April by MG. Certifiée Fairmined depuis le mois d’octobre 2014, la marque, elle aussi, se concentre essentiellement sur les alliances et les bagues de fiançailles, qu’elle vend uniquement à travers son site Internet et son distributeur unique, un joaillier indépendant du XVIe arrondissement parisien. Ses clients, français, sont généralement jeunes et soucieux du respect de l’environnement et de l’homme.

Si Paulette à Bicyclette et April by MG se sont tournées vers l’or Fairmined, ce n’est évidemment pas au hasard : ce label de certification, qui atteste de la provenance d’or produit par des mines autonomes – une dizaine dans le monde –, artisanales et à petite échelle, permet d’assurer le développement social et la protection de l’environnement. En fournissant de l’or à des entreprises labélisées et acceptant des exigences fortes, contrôlées par des audits, Fairmined garantit aux miniers des prix justes, et investit pour eux dans le développement social de leurs familles. « Concrètement, explique Hélène Grassin, une alliance de cinq grammes assure une journée de revenu à un minier traditionnel, et un mois de revenu pour un minier Fairmined. »