LIP repris par Philippe Bérard

P.-D.G. de SMB horlogerie, fabricant et distributeur de LIP, Philippe Bérard nous dévoile son enthousiasme pour cette jolie marque endormie pendant quelques décennies. Par Florence Gremaud.

 

Pourriez-vous en quelques mots décrire l’ADN des montres LIP ?

Cette marque possède un fort potentiel. Je dirais que c’est à la fois une griffe de montres intemporelles mais qui sait naviguer sur le segment du vintage. D’un point de vue prix, j’ai positionné les montres à 200 euros ou 500 euros pour les inscrire dans un luxe accessible avec des garde-temps à fort caractère. L’ADN est de faire revivre des modèles selon les attentes actuelles du consommateur qui souvent sont plus généreuses en termes de diamètre. Côté développement produit, je travaille chaque composant de la montre tout en gardant son charme initial. Mes matériaux sont très soignés comme l’acier 316L par exemple, mais je veux rester abordable, comme LIP à l’origine. Bien entendu si nous lançons un modèle en or spécifique, le prix augmentera.

 Comment s’articulent les collections LIP ?

Nous développons vraiment deux axes donc deux collections bien distinctes. D’ailleurs chez un bijoutier quand les deux lignes ont deux vitrines dédiées, ce sont les conditions idéales pour vendre LIP. Notre première ligne regroupe les modèles historiques bien entendu retravaillés selon le goût actuel. Ce sont par exemple les montres Churchill, Général de Gaulle, ou encore Himalaya, ou même Henriette (très mignonne et subtile)…  Notre second axe correspond à l’audacieuse volonté de LIP de proposer, dans les seventies, des montres au design reconnaissable entre mille, car elles étaient dessinées par de grandes signatures. On fait référence ici à la création de Roger Tallon (montres Mach 2000) qui a su créer de façon futuriste des modèles horlogers, en faisant un clin d’œil à l’écran de télévision par exemple.

Pourriez-vous expliquer le « capital sympathie » de la marque ?

J’ai pu remarquer depuis sa réimplantation dans nos ateliers à Besançon et son relancement officiel à Baselworld il y a un an, que LIP bénéficiait d’une sympathie de toutes les générations. Les personnes qui sont nées en 1950-60, période de gloire de la griffe, connaissent bien la marque car nombreux sont ceux qui ont reçu comme première montre une LIP, pour un diplôme, pour événement religieux… Aussi, la jeune génération branchée, urbaine, les medias montrent une affection toute particulière pour les pièces LIP. C’est un peu comme si LIP était un « must have » d’aujourd’hui, une signature aux codes français et sympathiques qu’il faut afficher au poignet pour être dans l’air du temps. Colette, le concept store parisien, d’ailleurs proposait LIP. Aussi, il y a un réel engouement pour l’esprit vintage, et nous poursuivons ce chemin en mettant au goût 2016 des modèles historiques. La sympathie vient de tous ces paramètres associés.

LIP est historique au sein des foyers français, pour quelle raison ?

Il y a un fait historique et social que nous pouvons évoquer, mais pas seulement. Il faut se rappeler de « l’affaire LIP » en 1973 qui a duré. A cette époque, les ouvriers de la maison LIP reprennent l’entreprise sous forme de SCOOP. C’est vraiment un témoignage d’investissement et d’attachement à leur outil de travail pendant cette période pourtant difficile. C’est un mouvement d’agitation aussi dans la distribution des montres, auprès de détaillants. En outre, dans sa saga, LIP a été le garde-temps d’hommes politiques. Le Général de Gaulle. Winston Churchill : la France offre à  l’homme d’état un modèle LIP. D’ailleurs aujourd’hui vous retrouvez, dans nos collections, des lignes portant le nom de ces grandes figures historiques.

 Pourquoi exposer LIP sur Baselworld ? Votre stratégie à l’Export ?

 Le nom de LIP retentit dans les familles françaises, chez  toutes générations confondues.  Nous exposons à Baselworld car c’est un carrefour incontournable de la profession. Nous devons être à Baselworld ; c’est une façon de capter des marchés à l’export et de nombreux Français, importants bijoutiers, se déplacent à Bâle. Par exemple un marché que nous pouvons déployer : le Japon. Ce pays peut être intéressé par le concept de la « french touch », l’élégance LIP, mais aussi  par toutes nos collections mettant en avant un design audacieux (Mach 2000), pour des concepts stores. Pendant la foire de Bâle, nous lançons un modèle « Himalaya avec une réserve de marche ».

Quel est votre vœu le plus cher pour LIP ?

 Après un fort succès de réimplantation l’an dernier (275 points de vente qui la représentent en 2015), s’ajoutent à cela 80 magasins qui la vendent depuis le 1er janvier. Je souhaite aujourd’hui installer LIP sur le long terme au sein des bijoutiers-horlogers. LIP peut être au poignet de nombreux Français et au-delà. Il suffit de cultiver son enthousiasme et une force de stratégie. Ce qui me plaît déjà, c’est le fait que les bijoutiers nous appellent pour vendre LIP au sein de leur point de vente. C’est grisant.

« Il y a quelque chose de magique dans LIP : elle séduit encore les séniors nostalgiques par la réminiscence de leur enfance, et la jeune génération, branchée, adhère. Cette empathie est porteuse de succès, et j’en suis ravi. »