L’ENTRETIEN : Manon COLOMBIES / FESTINA GROUP
L’ART DE MAÎTRISER LE TEMPS Référence internationale sur le marché de l’horlogerie, le groupe, ancré à Barcelone, n’en finit pas de consolider sa position de leader sur plusieurs marchés stratégiques. Rencontre avec Manon Colombies, directrice générale. Par Caroline COIFFET Le Bijoutier International / LBI : Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ?Manon Colombies : […]
manon colombies

L’ART DE MAÎTRISER LE TEMPS

Référence internationale sur le marché de l’horlogerie, le groupe, ancré à Barcelone, n’en finit pas de consolider sa position de leader sur plusieurs marchés stratégiques. Rencontre avec Manon Colombies, directrice générale.

Par Caroline COIFFET

Le Bijoutier International / LBI : Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ?
Manon Colombies : Je suis arrivée dans ce métier un peu par hasard. J’ai fait du droit, et pendant mes études, je travaillais pour la marque de prêt-àporter Chipie, propriété de Jean-Michel Signoles à l’époque et qui aujourd’hui dirige la maison Goyard. Il me faisait travailler sur les salons en France mais aussi à l’international. J’en garde le souvenir d’une expérience très formatrice. J’ai ensuite commencé ma carrière au sein du groupe Zannier, spécialisé dans la mode et accessoires pour enfants. J’ai eu en charge
l’organisation du pôle licences pour les montres et bijoux. Puis, j’ai fait la connaissance de Miguel Rodriguez, propriétaire du groupe Festina, qui m’a proposé un poste qui plus est, basé à Barcelone. J’avais à peu près 25 ans, je n’ai donc pas hésité un seul instant, d’autant plus que je savais que j’allais pouvoir toucher à tous les métiers. Aujourd’hui, je suis même en train d’apprendre la culture des oliviers ! Miguel Rodriguez vient d’acquérir 200 hectares afin de produire une huile d’olive typiquement andalouse. Et un vignoble est également en cours d’acquisition !

LBI : Vous avez intégré le groupe il y a une vingtaine d’années, comment avez-vous gravi les échelons ?
Manon Colombies : Je suis avant tout une femme de terrain. En 2009, j’avais déjà fait l’ouverture de 240 magasins en Espagne. En fait, les choses sont arrivées naturellement sans que je me pose de questions. Miguel Rodriguez a toujours été entouré de gens curieux et ouverts. Il m’a donné à m’amuser, et je lui ai fourni des résultats tout simplement.

LBI : La marque Festina a fêté ses 120 ans en 2022, quelles ont été les grandes étapes de son histoire ?

Manon Colombies : Une des plus grandes étapes de son histoire est sans aucun doute l’essor de son outil de production. Nous sommes passés d’un fournisseur de mouvements japonais à l’intégration de nos propres mouvements avec le rachat d’une
entreprise suisse. C’est là notre plus grande fierté. D’autant que nous sommes bien acceptés en Suisse, et surtout reconnus. Nous y avons d’ailleurs créé 400 emplois. C’est aussi un peu la même situation avec l’entreprise Kronaby, basée en Suède, que nous avons également rachetée pour y faire fabriquer nos montres dites connectées. Tout cela nous assure une certaine autonomie.

LBI : Combien pèse le groupe aujourd’hui en termes de CA et de salariés ?
Manon Colombies : Le groupe pèse 220 millions d’euros, emploie 1 400 salariés répartis un peu partout en Europe, et propose des marques qui couvrent tous les segments, de l’entrée de gamme avec Calypso aux montres exceptionnelles signées L. Leroy.

FESTINA – Montre 120 ans

LBI : Comment reste-t-on leader mondial de l’industrie horlogère ?
Manon Colombies : Je pense qu’il ne faut dépendre de personne. Plusieurs exemples dans le secteur de l’horlogerie nous l’ont montré. Quand on peut le faire, il faut se donner les moyens de produire ses propres mouvements. C’est ce que nous avons
fait. Par ailleurs, le groupe Festina touche tous les segments de clients et peut ainsi répondre à toutes les demandes. S’il est vrai que nous ne sommes pas leaders de tendances, en revanche, nous les suivons toutes et sommes capables de couvrir tous les besoins au travers de nos marques.

LBI : Qu’est-ce qui fait la spécificité des montres Festina ?
Manon Colombies : La première spécificité, c’est l’étendue de l’offre et de déclinaisons (bracelet acier, cuir, céramique, titane…). Nous avons différents mouvements, du quartz à l’automatique en passant par le solaire. Nous avons aujourd’hui à notre catalogue 600 références. La deuxième spécificité est que nous travaillons sur stock. Cela demande de bien connaitre ses marchés. Ainsi, nous avons 2 millions de montres disponibles dans notre hub logistique. Nous sommes capables de livrer dans le monde entier entre 24 h. et une semaine. C’est pour nous une manière d’offrir à nos partenaires de la souplesse. Ils peuvent ainsi préserver leur trésorerie et se concentrer sur le développement de leur activité. C’est assez atypique dans le secteur.

LBI : Comment s’organise la conception, la fabrication et la distribution de vos produits ?
Manon Colombies : La conception est faite en interne par notre équipe de designers qui travaille principalement avec des cahiers de tendance. En ce qui concerne la production, les mouvements quartz sont fournis par notre partenaire au Japon (Citizen). Les mouvements suisses sont développés dans la Vallée de Joux où nous avons sept pôles de production. Quant à la distribution, celle-ci est gérée depuis Barcelone où tout est 100% informatisé et robotisé. Nous faisons partir environ 10 000 colis par jour depuis notre plateforme où travaillent une centaine de salariés.

LBI : Quelles sont les nouveautés pour 2023 ? Parle-t-on toujours de montres connectées ?
Manon Colombies : La montre connectée est au cœur de notre métier. Les demandes sont en nette augmentation surtout via le e-commerce. C’est généralement une cible urbaine, aguerrie aux nouvelles technologies qui s’adresse à nous. Nous fourmillons de projets dans ce domaine. Nous allons d’ailleurs lancer en septembre prochain un nouveau mouvement connecté… Nous continuons à pousser le secteur femme avec des montres toujours aussi créatives telles que les montres à cadran « Rainbow » qui rencontrent un vif succès depuis que l’influenceuse Léna Situations s’est vue en porter une au poignet. Miss France, notre ambassadrice, depuis six ans, continue de nous apporter de la fraîcheur. Enfin, les chronographes rencontrent toujours un grand succès. Nous venons de signer à nouveau avec notre égérie masculine, l’acteur Gerard Butler.

FESTINA – Montre Classic Verte

LBI : Le groupe a engagé une vaste stratégie RSE, pouvez-vous nous en parler ?
Manon Colombies : Je suis moi-même sensible à l’environnement, c’est pourquoi le projet ReWatch me tenait à cœur. Une montre est un objet dont la complexité nécessite l’intervention d’un professionnel pour être correctement recyclée. ReWatch a été créé pour offrir ce service gratuitement à tous les clients engagés dans la protection de l’environnement. Ainsi, le client peut nous envoyer tout type de montre quelle qu’en soit la marque afin que nous recyclions tous les éléments et les réintroduisions dans un circuit de production. Je vous rappelle que le groupe est basé à Barcelone, et que l’Espagne est l’un des pays d’Europe les plus engagés dans la préservation de l’environnement. Cela nous pousse à accomplir des gestes quotidiens pour notre planète.

LBI : On vous sait très attachée à la mixité, comment se traduitelle justement au sein de Festina Group ?
Manon Colombies : Vous avez déjà à la tête du groupe un président et une directrice générale… On affiche tout de suite nos valeurs. C’est parfois encore compliqué de faire avouer aux hommes que les femmes ont autant de valeurs qu’eux mais ici, en
Espagne, les mœurs ont bien changé et nous nous appliquons à respecter une stricte égalité entre nos salariés.

Indira Ampiot Miss France 2023

LBI : Comment expliquez-vous qu’en France, on n’en soit encore à débattre de la position des femmes à des postes à responsabilités ?
Manon Colombies : Je dois dire que cela m’échappe encore. Tout au long de ma carrière, j’ai rencontré beaucoup de femmes qui œuvraient pour faire avancer les choses… Il y a encore du chemin, mais au sein du groupe Festina, nous ne faisons aucune différence entre les hommes et les femmes.

LBI : Quelles sont vos ambitions ainsi que celles du groupe d’ici cinq ans ?
Manon Colombies : D’ici cinq ans, j’aimerais développer une vraie stratégie de pricing sur internet. Je veux lutter contre les promotions et autres offres qui desservent notre travail. Nous faisons de petites marges et nos prix sont justes. Nous sommes référencés auprès de 3 000 bijoutiers en France et je veux absolument les aider à créer une environnement internet puissant afin qu’ils puissent afficher et revendiquer le prix de référence. C’est avant tout un travail de pédagogie lent mais nécessaire.

Le Bijoutier International Magazine – N° 875

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