
Année de croissance avec tout de même des tensions, 2025 reste une année charnière pour la filière HBJO. Francéclat a rendu son rapport annuel sur les chiffres clés. Hervé Buffet, son délégué général nous apporte son éclairage sur les grandes tendances du secteur et les défis à venir.
Propos recueillis par Caroline Coiffet
Le Bijoutier International : 2025 est-elle une année de consolidation ou de transformation ?
Hervé Buffet : Je dirais que c’est une année de consolidation à son niveau le plus haut. Le marché se stabilise à un niveau historiquement élevé (~6 Md€) avec une croissance modérée (+1 %). Dans un contexte marqué par l’inflation des matières
premières, notamment des métaux précieux, la croissance observée doit être interprétée avec prudence. Elle repose essentiellement sur une hausse des valeurs plutôt que des volumes. Malgré tout, la filière continue sur ses tendances (export fort, production en hausse, développement de l’horlogerie française), sans rupture majeure.
Le Bijoutier International : Comment interpretez-vous ces chiffres dans un contexte d’inflation des
matières premières ?
Hervé Buffet : La hausse des prix des métaux précieux masque une baisse probable des volumes et une fréquentation en recul des points de vente, ce qui suggère une contraction de la demande réelle.
Ainsi, la performance économique du secteur est partiellement artificielle, soutenue par la hausse des prix plutôt que par une augmentation de la consommation. Malgré tout, cette situation nous oblige à réfléchir à la manière de compenser ces variations, en particulier en favorisant plus d’innovation et de créativité.
Le Bijoutier International : La filière crée-t-elle encore de la valeur réelle ?
Hervé Buffet : Oui, la filière continue de créer de la valeur réelle. La contribution de la bijouterie / joaillerie à la balance commerciale française, proche de 3 milliards d’euros, ainsi que la croissance continue de la production nationale, en particulier dans les segments du bijou précieux, en témoignent. Les investissements industriels récents, avec l’émergence de nouveaux ateliers sur le territoire principalement dans les régions Bourgogne France Comté et Auvergne Rhône-Alpes, confirment également une stratégie de long terme fondée sur le renforcement du savoir-faire français.
Le Bijoutier International : L’export est-il devenu une nécessité structurelle pour la filière française ?
Hervé Buffet : Il l’a toujours été ! Le savoir-faire français en termes de bijouterie n’est plus à démontrer. Nous avons la chance dans notre pays d’avoir des consommateurs qui l’apprécient ainsi que les touristes, nombreux à visiter la France et à ramener un petit bout de France chez eux dont les bijoux. Si la croissance repose largement sur l’export (bijouterie +5 %, horlogerie dynamique), avec une balance commerciale très positive, c’est aussi en partie avant tout dû au pouvoir d’attraction mondial des maisons de la place Vendôme.
Le Bijoutier International : Comment analysez-vous la dépendance à la Suisse ?
Hervé Buffet : Si dépendance il y a, je dirais plus volontiers qu’elle est ambiguë. En effet, la Suisse agit comme une plateforme logistique majeure qui concentre 39 % de nos exportations en bijouterie / joaillerie. Cette situation traduit à la fois une interdépendance stratégique et une forme de dépendance qui peut exposer la filière aux aléas extérieurs.
Le Bijoutier International : La Chine et les États-Unis peuvent-ils redevenir des relais de croissance ?
Hervé Buffet : Clairement pas à court terme en ce qui concerne la Chine qui reste en retrait. C’est plus incertain pour les États-Unis qui montrent des signes de ralentissement pour les exportations dus à un stockage anticipé de marchandises en prévision de droits de douane fluctuants, limitant leur rôle de relais de croissance. Cette évolution souligne l’importance pour les entreprises françaises de diversifier leurs sources de revenus à l’étranger.
Le Bijoutier International : Observe-t-on une polarisation durable du marché entre le luxe et l’accessible ?
Hervé Buffet : Selon moi,…
Magazine LE BIJOUTIER INTERNATIONAL, page 14 du n° 896















